J'embrassais mon père et mon frère. Après avoir passé quelques minutes à attendre devant ma voiture, je décidais d'embarquer. Pas que la compagnie de mon paternel et mon cadet me gêne, au contraire. Dans la voiture, il faisait juste plus frai. Nous étions le premier juillet. Le premier juillet de l'année deux mille neuf.
J'avais à l'avance déposé mes bagages au dessus de la place qui m'étais attribuée. Mon petit frère m'avait à son plus grand plaisir, aidé. Depuis longtemps il voulait entrer dans un train. Voilà qui était chose faite.
Je reprenais donc place là où était situé mon paquetage, dix minutes avant le départ du train.
Au début, je m'étonnais de ne toujours voir personne prendre place à mes cotés. Peut être avais-je de la chance ? Deux places pour moi seule ? Ou alors juste un retardataire qui s'était vu forcé d'embarquer à la va vite, dans une autre voiture ? Peu importait, la machine avait démarré et j'observais les paysages d'Aquitaine défiler sous mes yeux, portée par le train, qui prenait de plus en plus de vitesse.
Mon petit plaisir solitaire fut interrompu deux arrêts plus loin. Environ une heure et demie après mon départ, par une jeune fille, qui devait avoir mon âge. Elle avait l'air un peu agaçant, sûre d'elle. Vous savez ? Ce genre de petites pimbêches trop bien habillées qui vous regardent toujours de bas en haut, avec un air hautain collé au visage. Elle était de ce genre, mais elle se taisait, alors c'était tant mieux.
Après une ou deux heures de voyage auprès de ma nouvelle voisine, le train ralentit. Puis il s'arrêta dans une toute petite gare, complètement déserte. Le contrôleur nous annonça qu'aucun arrêt n'était prévu en ce lieu mais que suite à un « accident de personne, le train aurait un retard d'environ une heure ». Suite à cette nouvelle, et après avoir balancé quelques injures intérieures, je relevais les yeux vers les autres passagers. Tout comme moi ils avaient déjà leur téléphone en main et tapaient un message ou un numéro, pour avertir ceux qui attendaient, là-bas.
C'était ennuyeux, mais je ne pensais pas vraiment à ça. Si le train ne pouvait pas bouger, alors il fallait attendre. Ma préoccupation première était de savoir ce que j'allais bien pouvoir faire pendant une heure entière, seule dans ce train. C'est là que des idées me vinrent en tête, comme terminer de lire mon roman, appeler mon hôte, ma mère, ou suivre les agacés qui sortaient un à un du train, pour fumer une cigarette.
C'est la dernière option qui bizarrement fut la plus adéquat. J'avais trouvé comme simple excuse à ce dérapage : le stress et les nerfs face à la panne. Seulement, un problème se posait. J'avais la veille dit à mon père de ne pas me déposer au bureau de tabac, préférant garder mon argent pour mon séjour. Et c'est là que ma voisine me parut beaucoup moins inintéressante.
Comme le hasard est parfois de mon coté, cette inconnue sortait au moment même où je tournais les yeux vers elle, un paquet de Philip Moris.
Dans ce genre de moment, il n'y a pas d'hésitation. Vous avez besoin de quelque chose, seulement dans cette situation vous êtes seul et ne connaissez personne. Sachant ça, vous devenez beaucoup plus débrouillard, et c'est sans attendre que je lui demandais si elle ne pouvait pas me dépanner d'une cigarette. Elle relava les yeux vers moi quand ma demande fit vibrer ses tympans. Elle parut surprise, mais accepta et me tendit tout simplement son paquet. Je m'emparais alors d'un de ces petits bâtonnets orange et blanc, et sortais du wagon à la suite de ma bien aimable voisine.
Dehors il faisait chaud. Tous les fumeurs et autres étaient collés au grillage qui faisait face au train. Il était légèrement ombragé par quelques vieux arbres.
Je fumais ma cigarette en silence. Puis je décidais d'aller me remettre au frai. Ma voisine avait apparemment eu le même raisonnement. Ainsi nous étions à nouveaux assises toutes les deux dans un train à l'arrêt. Nous n'avions aucun renseignement venant des contrôleurs, sur l'état du trafic et devions prendre notre mal en patience.
Je regrettais ce jour là, de ne pas être aussi ouverte que Valentin, mon petit frère. Lui aurait au moins réussit à échanger quelques mots avec son voisin ou sa voisine. Il aurait rapidement comprit qu'un voyage silencieux serait un voyage plus long et se serait donné du mal pour le faire paraître moins ennuyeux. Moi, j'étais éternellement muette et fermée. Je gardais les yeux fixés sur le paysage et ma musique dans mes oreilles, faisant comprendre aux gens alentours, qu'une potentielle tentative d'approche se verrait être vaine.
Mais par chance, le train ne tarda pas à redémarrer et suite à ça, nous allions directement au terminus prévu.
Sentant les voyageurs s'agiter autour de moi, je me redressais et attrapais mes valises. Je déposais, sur ma tête, mon légendaire Borsalino. J'ajustais le col de ma chemise, frottais mon jean et avançais vers les portes. Le train, tout en ralentissant, fit surgir le quai numéro 17 de nul part. J'empoignais fort la anse de mon paquetage, inspirais un grand coup et dés l'ouverture des portes, descendais doucement et posais un pied, puis deux sur le sol Parisien.
J'avançais à pas de loup vers le hall de la gare, cherchant des yeux mon hôte parmi les centaines d'autres personnes, qui tout comme moi, cherchaient un visage familier. Mais je ne trouvais personne. Je me posais alors en face d'un des petits restaurants qui faisaient face aux quais, et attrapais mon téléphone. Il vibrait à cet instant, et annonçait sur l'écran « nouvel appel de Hika-chan ». Je répondais, la gorge, bizarrement serrée et l'écoutais m'annoncer son retard de quelques minutes, dû aux perturbation de ce jour. Décidément, cette journée avait décidée de faire durer le plaisir.
Il arriva quelques minutes plus tard et je m'avançais vers lui. J'étais stressée, mal à l'aise. C'est toujours comme ça, le soir ça passe. Il déposait un baiser furtif sur mes lèvres et s'excusait d'être en sueur. Je lui fit simplement un sourire moqueur et fit mine de vouloir avancer, pour qu'il s'engage à son tour.
Nous nous mîmes donc en route vers les quais des RER. Nous échangions quelques mots inutiles, juste pour parler. Tout comme le stresse, à notre arrivée, nous ne nous rendons jamais compte. Nous sommes trop concentrés sur les trains à prendre. Le chemin le moins long pour rentrer chez lui. Mais lorsque nous sommes assit dans le RER, que nous sommes l'un en face de l'autre, nous commençons à comprendre. Nous nous observons, d'abord en silence, un sourire aux lèvres. Et puis on se donne la main. On a besoin de ce contact, mais toujours, le premier jour, on ose pas.
À ce moment là, je ne savais pas encore que j'allais vivre le plus beau mois de toute ma vie. Que j'allais découvrir de nouvelles choses et surtout en oublier d'autres. Un soir, nous avions décidé de passer le cap. Je dis ça ainsi, car ni lui ni moi n'avions encore toucher à cette fleur. J'en garde pourtant un souvenir mauvais. Je l'autorisais à faire de moi une femme et je me laissais aller dans cette alcôve. J'avais toujours entendu dire que la première fois pour les filles était douloureuse. Mais je n'y croyais pas. Mes croyances furent bien vite mises à bas. Malgré la douleur, je le laissais commencer son acte. Il était stressé, moi, j'avais juste mal.
Suite à ça, ce fut un sentiment étrange. J'avais l'envie de pleurer. Vous savez ? Comme si l'on vous prend quelque chose à quoi teniez. Quelque chose que vous avez toujours eu, qui faisait corps avec vous. Ce soir là, je me sentais vide. Triste et vide, c'était ça. Nous pouvons revenir sur nos décisions à certains moments. Nous pouvons retrouver un objet perdu. Mais je ne pouvais, ni revenir sur ma décision, ni retrouver l'objet perdu. Mais je ne lui en voulais pas. S'il y avait une seule personne à qui je devais offrir mon plus grand trésor, c'était à lui.
C'est à ce moment précis que je me suis certainement rendue compte que nous n'avions qu'une vie. Que plus jamais je n'aurais à affronter cette étape. C'est à ce moment là que je me suis rendue compte que nous n'étions rien. Que nous allons tous au même endroit, et que nous prenons juste des chemins différents. Que notre triste vie est rythmée seulement par les nouvelles notes que l'on choisi nous même de lui donner. Que nous sommes les seuls maitres de notre destiné minable. Que ce soir, j'avais voulu avoir une nouvelle expérience et que j'avais de la chance de l'avoir faite avec celui que j'aimais.
Les jours passaient, et ils étaient cossus de choses et d'autres, plus ou moins intéressantes. J'adorais sortir pour observer le monde. Rencontrer de nouveau lieu et en garder des souvenirs éphémères. Détailler les gens, qui tout autour de moi évoluaient, tout comme moi, mais pas totalement. Le suivre lui, comme je voulais le suivre encore longtemps. Lui sourire ou le taquiner. Ne pas penser à ce qui suivrait. Tout oublier. Vivre un instant heureux à ses cotés. Vivre tout simplement près d'une personne aimée.
Mais les jours passaient trop vite. Nous étions déjà le soir du 14 juillet et nous étions à Paris. J'adore Paris, c'est magnifique. Ce soir là, nous y allions pour la fête nationale mais aussi pour les 120 ans de la grande dame de Paris, la tour Eiffel. Ça n'avait pas l'air d'affecter grand monde. Moi, ça me faisait quelque chose. Je ne saurais dire quoi.
Les feux à Paris, c'était sublime. Des explosions de couleurs à tout va. Un spectacle lumineux, qui toujours, donne le sourire aux plus grands et fait pleurer les plus petits. Mais il nous éblouit tous. J'étais là, sur un pont de Paris, les bateaux mouche sur la Seine c'étaient stoppés et des centaines de paires d'yeux étaient érigés vers le ciel qui s'obscurcissait.
Le lendemain, nous étions à nouveau sur les rails, ensemble. Se terminaient déjà nos deux premières semaines, mais on ne savait pas. On ne voulait pas savoir, on voulait juste continuer ce bout de chemin, ensemble.
J'étais heureuse de retrouver mon chez moi, j'avais toujours aimé mon petit confort personnel. Mais j'avais appris à l'aimer encore plus quand il était avec moi. Ma chambre paraissait moins triste, moins vide.
Tu sais, plus le temps nous rapprochait de notre séparation, plus ma gorge se serrait. J'évitais à tous prix de trop y penser, mais dés que nous finissions de faire l'amour. Dés que nous avions fini de nous embrasser. Dés que nous prenions place pour dormir. Je ne pouvais pas m'empêcher d'imaginer cet horrible jour. Savoir que le trajet en voiture serait dur. Savoir que je redouterais de voir la gare. Me conditionner pour ne pas verser de larmes devant toi. Moi qui suis logiquement si forte. Ce serait honteux. C'est une image, je suis faible. Il m'arrivais de pleurer des soirs, après que tu m'aie fais l'amour. Il m'arrivais d'avoir peur. Mais je me taisais.
Le dernier soir, tu m'as fais l'amour, comme tous les soirs. Mais c'était différent. Nous savions que ce serait la dernière fois. C'était un peu comme un au revoir. Le lendemain matin, bizarrement, nous avions retrouvé des petites habitudes. J'attrapai mon ordinateur, le posais sur mes genoux. j'essayai d'imaginer que ce jour était comme les autres. Mais je n'arrivais pas à te regarder. Croiser ton regard ce jour là était une vrai douleur. J'avais beaucoup trop peur.
La gare. La gare est un lieu que je haï. Elle nous sépare. Nous marchions vers le quai F. Nous nous sommes posés devant ton train, nous avons discuté, un peu. Tu es entré, je t'ai suivi. J'étais de plus en plus perdue. Mais je devais résister encore un peu, pour toi. Il était hors de question que ta dernière image de moi, soit des pleurs. Tu m'as murmuré « je t'aime », comme toujours, puis j'ai couru vers la sortie. Ma gorge était serrée. Je suis sortie du train, je t'ai cherché parmi les passagers, à travers les vitres. Je t'ai regardé, je t'ai envoyé un baiser et je me suis retournée. A la seconde qui suivait, mes larmes coulaient. Je n'aurais pas pu tenir plus longtemps, je crois.
Ainsi se terminait notre mois. Ainsi j'allais être à nouveau seule. Tu ne serais plus que des pixels et une voix au téléphone. Moi, je n'ai pas ton image, tu n'as pas ce qu'il faut. Mais je m'en contente. Je regarde souvent nos photos, comme si j'avais peur d'oublier ton visage. Chose impossible, certes. Ça me rassure juste. Certaines expriment la joie, d'autres pas. Mais elles sont toutes fades. Elles ont juste figé une seconde. Mais une seconde ce n'est rien.
Je suis retournée à ma petite vie solitaire, je ne sais pas quand est-ce que je pourrai revoir ton visage en mouvement. Sentir ton odeur, ta présence, caresser ta peau. Je sais juste que je t'aime. Je sais que j'ai changé grâce à toi, je t'en remercie.
Et c'est tout. A bientôt.
Edit : 27/09/09
Tu t'es déconnecté encore une fois triste, et c'est tout autant triste pour moi. Je ne sais pas si ce petit mot sera réellement utile, mais j'avais envie de te l'écrire. Tu écris bien pour moi depuis quelques temps, je peux bien te rendre la pareille.
Nous parlons de plus en plus souvent de notre relation compliquée et nous la subissons. Nous subissons nos propres choix contre notre gré et c'est douloureux, nous en avons la preuve chaque soir. J'ai la nette impression d'ailleurs, que chaque soir se fait plus dur à supporter. Je te vois mal, et regrette chaque fois où je dois m'en aller. Où je pars prendre quelques heures de plaisir, alors que je te laisse seul. Ce sont des gestes égoïstes de ma part et je m'en veux. Je ne peux m'empêcher à chaque fois d'avoir l'envie de rentrer. De me trouver des raisons de détester la soirée, pour me prouver que j'aurais mieux fait de rester avec toi.
Hélas, les choses ne se passent pas toujours comme nous souhaitons qu'elles se passent et c'est bien malheureux. Je rentre vite et me jette devant ce vulgaire écran plein de pixel, qui dévore tous les sentiments et expressions que nous voulons mettre dans nos belles phrases. Je rentre pour discuter avec celui que j'aime profondément, mais la lourde barrière de la distance, bloque de nombreuses choses qui ne s'expriment que lorsque l'on se regarde, que l'on se touche, que l'on est face à face.
Je m'en veux un peu plus chaque jour de te voir malheureux. Je m'en veux de ne pas pouvoir être là pour te consoler. Je m'en veux de ne pas pouvoir répondre à tes besoins et de répéter des phrases qui se veulent rassurantes, mais qui avec le temps, ne le sont plus.
Te souviens-tu ? Avant que l'on se rencontre, on avait l'impression que tout serait fait dés que nous nous serions vu. C'était une bêtise de notre part. Comment les choses auraient-elles pu être plus simple ?
Notre addiction virtuelle est devenue réelle et elle est encore plus dur à supporter.
Je sais que je peux tenir, je sais que je suis capable d'affronter cette épreuve compliquée. Non pas pour toi, même si ça devrait être le cas. Non, je l'affronte pour moi. Je 'affronte parce que je sais que ça en vaut la peine. Je sais que je peux et dois me battre pour pouvoir un jour, toucher l'espoir de quelque chose de mieux que ces vas et viens sur les rails.
Je l'affronte parce que je ne veux pas que ça s'arrête à quelques voyages. Ce serait idiot de se donner autant de mal pour une cause perdue et à mes yeux elle ne l'a jamais été.
Tu sais toi même que je ne suis pas de ceux qui croient en un sentiment surpuissant. Non, je ne crois pas à l'amour. C'est trop simple de se dire que nous sommes fort parce que nous aimons. Et c'est idiot. J'éprouve de l'amour pour toi, mais j'éprouve aussi de l'amour pour ma famille et pour le peu d'ami que j'ai. Alors je ne me bat pas pour ce sentiment, mais pour te garder toi.
Nous ne sommes pas plus fort à cause de l'amour, c'est la personne elle même qui nous donne la force.
J'avais de la force avant toi, je le sais. N'y vois aucune prétention, c'est ainsi voilà tout, j'ai forgé moi-même ma force. Mais tu m'en as offert une nouvelle. Celle de vouloir se battre corps et âme pour quelqu'un en particulier. Parce que cette personne compte plus que personne d'autre et parce qu'on sait qu'elle ne peut nous décevoir. Parce qu'elle n'est pas comme toutes les autres. Parce qu'elle brille encore plus fort que toutes les autres, à nos yeux.
Tu es là, toi. Tu es ce qu'il me faut. Tu m'aime comme j'avais envie qu'on m'aime. Tu me comprends, comme j'avais envie qu'on me comprenne. Tu me fait rire, comme j'avais envie qu'on me fasse rire.
J'aime tout en toi, non pas pour ce que c'est, mais parce que c'est toi. Je ne me pose pas de question en ta présence. Je n'ai pas besoin de m'en poser. Je peux me reposer, être apaisée, soulagée.
Tout cette tirade ne sert pas à grand chose, si ce n'est à t'exprimer quelque chose pour quoi je ne trouve pas de mots. D'ailleurs, j'ai perdu mes mots depuis bien longtemps, je suis incapable d'écrire convenablement. Peut être parce qu'il est plus simple de décrire une douleur, qu'un état de bonheur ? Je ne sais pas bien.
Je ne sais plus grand chose d'ailleurs. Seulement, laisses moi te dire que si moi, Margaux, j'ai pris le choix de me mettre avec toi, c'est que je savais que tu pouvais m'apporter ce dont j'avais besoin pour avancer à nouveau. Je stagnais dans mon petit monde idéalisé et tu es arrivé pour m'ouvrir les yeux. Je n'ai jamais négligé le choix de vouloir partager, le plus longtemps possible, un bout de ma vie avec toi.
Je t'ai laissé m'embrasser en sachant ce qui en serait ensuite. Et je l'assumerai encore longtemps parce que c'est une chose qui m'est précieuse. Tu m'es précieux et tu es une partie de ma vie à laquelle je tiens énormément.
Tu es après réflexion et même si je déteste ce mot, mon premier Amour.
Pour conclure ce monologue, trois mots qui sont simples à dire, mais qui représentent beaucoup plus à mes yeux et dans mon c½ur : Je t'aime.
___POST SCRIPTUM :Je savais que les saisons changeaient.
Je ne savais pas que je changerais.